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>>> Présentation du crapaud commun 
                                                       (Bufo Bufo)

 

    Le crapaud commun est l'espèce la plus commune sur le Crapauduc, avec près de 87% de nos captures en 2004. La biologie, l'écologie de cette espèce sont très représentatives de la plupart des amphibiens... et une petite présentation de ces infos s'impose, car elles permettent de mieux comprendre pourquoi le crapaud commun a particulièrement besoin d'être protégé sur le site. Vous allez voir, certains détails sont croustillants!

     Pas de secret, la protection des crapauds est essentiellement axée sur la reproduction. En effet, c'est à l'occasion de la migration de reproduction que leur vient l'idée folle de traverser une route... avec les conséquences que vous imaginez. Mais reprenons depuis le début, ça sera plus clair.

L'odyssée de Mr Bufo

IMG_1202.jpg (147519 octets)     Les crapauds sont des amphibiens, ce qui étymologiquement parlant signifie qu'ils possèdent "deux vies" séparées : l'une aquatique (sous forme de têtard) et l'autre terrestre (le crapaud adulte). Ce que l'on sait rarement, c'est que les adultes n'ont pas du tout besoin du milieu aquatique pour vivre : ce sont des animaux terrestres à part entière. Mais si ils passent la plus grande partie de leur existence sur la terre ferme, leurs larves ont quant à elles besoin de grandir dans l'eau. Les femelles doivent donc retourner dans une pièce d'eau à chaque reproduction, pour y pondre directement. Et comme les oeufs ne peuvent être fécondés qu'une fois immergés (la fécondation est externe) les mâles doivent suivre les femelles!
On se retrouve donc, vous l'avez compris, avec une tripotée de crapauds tout excités qui migrent à chaque printemps de leur "territoire terrestre" (en général, une forêt de feuillus) jusqu'à leur étang natal. Si ces idiots d'humains se mettent en tête de construire une route en plein milieu de leur trajet... pas le choix, il faut traverser!

     Les crapauds sont très casaniers (voire même pantouflards) et reviennent à chaque reproduction dans leur étang natal, qu'ils reconnaissent entre autre aux caractéristiques chimiques de l'eau. Des chercheurs se sont même rendu compte que si on creusait un nouvel étang sur leur trajet de migration, les crapauds le traversaient à la nage sans plus de cérémonie, et fonçaient tête baissée se reproduire dans leur étang d'origine! (pour peu que l'eau du nouvel étang ne vienne pas du même cours d'eau que l'ancien)
Ceux qui ont déjà vu un crapaud se déplacer savent que ces bestiaux là sont de grands marcheurs. En fait, les scientifiques pensent que leur migration fait couramment 5 Km, et peut en atteindre 10... Pas mal, pour une bestiole de 30 cm!

Mais comment s'orientent-ils?

IMG_1249.jpg (82107 octets)     Les informations disponibles sur les sens qu'ils utilisent pour s'orienter sont assez rares, mais on pense en général qu'ils se repèrent à la vue (sur des points bien visibles comme des haies, des rochers, des troncs d'arbres). 
Chez la Salamandre tachetée, des cas d'orientation grâce à la Lune ont été montrés en laboratoire, mais comme les amphibiens migrent essentiellement par temps couvert, ce mode d'orientation ne doit pas être majoritaire. Quand à l'odorat, la plupart des spécialistes pensent qu'il n'est pas utilisé.
Reste l'orientation grâce aux champs magnétiques que l'on trouve couramment chez les vertébrés. Or il se trouve que justement, de fortes concentrations de magnétite (un minéral sensible au champ magnétique terrestre) ont été mesurées dans la rétine et le cerveau de certains amphibiens. Il est donc possible que les crapauds déduisent une direction générale de migration du magnétisme terrestre, et utilisent les détails du terrain pour s'orienter plus finement.

     Les crapauds en migration cherchent à perdre le moins d'énergie possible : si ils peuvent passer par une zone découverte plutôt qu'un fouillis de ronces, ils préfèreront à coup sûr la zone découverte. C'est l'une des raisons pour lesquelles les routes sont si meurtrières pour les pauvres bestioles : elles facilitent autant leurs déplacements que les nôtres. Les crapauds ont donc tendance à circuler dessus... et à y rester le plus longtemps possible. C'est sans doute pourquoi on retrouve autant d'individus écrasés au milieu de la route, entre nos barrières pourtant imperméables : les crapauds qui ont commencé à traverser la route en dehors du crapauduc ont voulu faire un bout de chemin sur le bitume et se sont retrouvé piégés. 
En fait, on a souvent tendance à considérer les routes comme des barrières écologiques, mais pour les amphibiens, c'est leur rôle de corridor écologique qui est le plus important, et le plus meurtrier!

Bufotoxine contre pneus : le match du siècle?

Img_1698.jpg (110631 octets)     Les stratégies de défense que les crapauds ont accumulées au cours de l'évolution sont elles aussi à leur désavantage face aux voitures. Chez les amphibiens, la protection contre les prédateurs est essentiellement d'ordre chimique. Leur peau toute entière sécrète une toxine (d'ailleurs appelée la bufotoxine). Les glandes qui sécrètent ce poison sont d'ailleurs bien visibles en arrière de la tête où elles forment en se regroupant deux bosses caractéristiques, les "glandes" parotoïdes. En fait, toutes les verrues des crapauds sont des amas de ces glandes.
     Cette arme chimique est très efficace contre la plupart des prédateurs car elle rend les crapauds au mieux indigérables, au pire mortels (un chien peut mourir après avoir avalé un crapaud). 
Heureusement, la bufotoxine ne provoque chez l'humain que des nausées et hallucinations (et encore, seulement lorsqu'on l'ingère à forte dose). Un simple contact tactile, même prolongé, ne cause aucun désagrément... ça nous évite d'avoir à porter des gants sur le crapauduc!
Mais ce système fonctionne extrêmement bien contre la plupart des prédateurs, et les crapauds sont rarement embêtés par des oiseaux, des mammifères ou des serpents. 

La couleuvre à collier : une sale bête!

IMG_1727.jpg (107420 octets)      Il est quand même un serpent qui, en se spécialisant, est parvenu à devenir le principal prédateur du crapaud commun (ce qui du point de vue du prédateur présente un gros avantage : être quasiment le seul à manger une bestiole aussi abondante...). 
Je veux parler de la couleuvre à collier. En effet, au cours de l'évolution, celle-ci est devenue insensible au poison des crapauds, et peut donc les manger sans crainte. 
     Jusque là, vous vous disiez : mais où est-ce qu'il nous emmène, je ne vois pas en quoi une arme chimique est un désavantage face aux voitures? Au mieux, ça n'a aucun intérêt!
C'est juste, seulement voyez-vous, la couleuvre à collier étant devenue insensible à la bufotoxine, elle est aussi devenue le principal prédateur du Crapaud commun. Elle a alors exercé une telle pression de prédation sur les crapauds que ceux-ci auraient sans doute disparu, si ils n'avaient pas trouvé par hasard une nouvelle parade plus ou moins efficace... Mode d'emploi : quand un serpent approche, ils se dressent sur leurs pattes et se gonflent d'air pour paraître le plus gros possibles : les serpents ont beaucoup de mal à avaler leurs proies, et si celle-ci leur parait trop grosse... ils abandonnent. La méthode des crapauds utilise cette faille.
Toujours est-il qu'aujourd'hui, dès qu'un crapaud est inquiété, (par exemple, par une voiture) il s'immobilise, se dresse, se gonfle et, comme on dit... "Paf le crapaud".

Et vive la parité!

IMG_1748.jpg (116589 octets)     Si vous avez déjà parcouru la rubrique "résultats", vous avez sans doute été frappés par le nombre très important de captures de mâles (ils sont à peu près 3 fois plus nombreux dans les seaux que les femelles!). 
Il serait tentant de penser qu'il s'agit là d'une caractéristique générale de l'espèce, et pourtant... grâce à des méthodes de marquage individuel, des batrachologues ont constaté qu'il y a chez les crapauds autant de femelles que de mâles (ils appellent ça un "sex-ratio équilibré"). 
Et si les femelles sont 3 fois plus rares que les mâles sur un crapauduc, c'est tout simplement... qu'elles ne se reproduisent que tous les 3 ans! (alors que vous pensez bien que les mâles ne ratent pas une saison de reproduction!). Le seul but de la migration étant la reproduction, les femelles ne migrent - et ne sont capturées - que tous les 3 ans en moyenne.
     L'explication à cela est simple : le coût énergétique de la reproduction est bien plus important pour les femelles que pour les mâles, puisque les femelles doivent fabriquer les oeufs, qui contiennent d'importantes réserves énergétiques destinées aux juvéniles. Le coût de fabrication des spermatozoïdes est quant à lui quasiment insignifiant... 

     C'est d'ailleurs une loi assez répandue dans le monde animal : la reproduction coûte beaucoup plus cher aux femelles qu'aux mâles (le coût de l'élevage vient souvent s'ajouter à celui de la fabrication). Elles doivent donc "rentabiliser" leur investissement, c'est à dire s'assurer que leur reproduction portera les meilleurs fruits possibles, ce qui revient à dire qu'elles doivent choisir un mâle ayant les meilleurs caractéristiques (elles seront transmises aux descendants de la femelle). 
     Quant aux mâles, et bien... la reproduction ne leur coûtant quasiment rien, le plus "intéressant" pour eux est tout simplement de se reproduire le plus possible... avec le plus de femelles possibles.
La conséquence à cela, c'est que bien souvent les femelles sont très sélectives, tandis que les mâles tentent de s'accoupler avec tout ce qui ressemble de près ou de loin à une femelle de leur espèce.

Mais... puisque j'te dis que j'suis un mâle!

     On constate très bien ce phénomène chez les crapaud dont les mâles ont tendance à grimper sur le dos de tout ce qui bouge, y compris les autres mâles (c'est très courant). Vous aurez d'ailleurs sans doute remarqué le petit cri que pousse un mâle escaladé par un autre, et qui signifie : "je suis un mâle, perds pas ton temps et fiche-moi la paix"! 
Soit dit en passant, c'est un excellent moyen de sexer un crapaud sur le terrain : prenez-le dans la main et serrez le (pas trop fort!) entre le pouce et l'index juste à l'aisselle des pattes avant. Si il croasse, c'est presque à coup sûr un mâle. Prudence cependant si vous faîtes ce test sur la partie "retour" du crapauduc. Il semble en effet que les femelles qui viennent de se reproduire poussent elles aussi ce cri, afin de signifier aux mâles qu'elles ne se reproduiront plus. Mais ces femelles sont souvent reconnaissables à la peau de leur ventre, complètement flasque et distendue par les oeufs.
     Tenez, justement, pendant qu'on en parle : une petite anecdote "amusante" sur les femelles qui gonflent... figurez vous que la membrane transparente (membrane pellucide) qui entoure les oeufs des crapauds gonfle au contact de l'eau, afin de former une barrière protectrice contre les prédateurs. En temps normal, cette membrane reste très fine tant que l'œuf reste à l'intérieur de la femelle (cela gagne de la place) et ne se gorge d'eau qu'au moment de la ponte. Seulement voilà, le cloaque des femelles n'est pas parfaitement étanche, et la période de reproduction est souvent très humide : les oeufs se mettent donc parfois à gonfler prématurément dans le ventre de la femelle... ce qui est très inconfortable! On observe donc de temps en temps des femelles particulièrement pressées de pondre, et parfois quelques "accidents" : des femelles qui pondent dans les seaux du crapauduc ou dans les fossés bordant la route.
     Ces informations permettent également d'expliquer les différences entre les chronologies de migration des femelles et des mâles. Si les femelles retournent vers leurs pénates dès la ponte terminée (l'aller-retour peut se faire dans la même nuit!), les mâles, eux, restent le plus longtemps possible dans l'étang pour tenter de s'accoupler plusieurs fois. Leur migration de retour est donc beaucoup plus étalée.

En plexe us?

    Le sex-ratio biaisé en faveur des mâles a également pour conséquence ce spectaculaire comportement que les scientifiques appellent "amplexus". Il s'agit de ce réflexe qu'ont les mâles de grimper sur le dos d'une femelle et de s'y accrocher fermement en la serrant entre leur pattes antérieures, à tel point qu'il est très difficile de les décrocher. Les mâles présentent d'ailleurs sur les pouces des pattes avant des callosités noires qui servent de "crampons" pour s'aggriper le mieux possible (et qui permettent de les sexer : les femelles ne possèdent pas ces callosités).
Si ces messieurs se font ainsi transporter par leur dulcinée jusqu'à l'étang, ça n'est pas par fainéantise (quoique...). C'est surtout que, comme on l'a vu plus haut, la concurrence est rude : 3 mâles pour une femelle! Sachant que toute la ponte se fait en une seule fois, un mâle qui s'est ainsi adjugé une femelle est quasiment assuré de se reproduire.
Si il s'agit là du moyen le plus efficace de se reproduire, ça n'est cependant pas le seul : il suffit souvent de n'être pas trop éloigné d'une femelle pour pouvoir féconder au moins quelques oeufs puisque, vous-vous en souvenez, mâles et femelles libèrent leur semence directement dans l'eau, où s'effectue la fécondation. C'est pour cela que les crapauds se reproduisent en grands groupes : cela réduit le risque de gaspillage des oeufs en augmentant leurs chances d'être fécondés. Soit dit en passant, cette méthode un tantinet orgiaque leur a valu une bien mauvaise réputation, et les crapauds ont longtemps été considérés "sataniques" - sans mauvais jeux de mots - par le clergé, et persécutés comme tels.

 

 


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