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>> Extrait d'article :
Les Amphibiens
de France, Belgique et Luxembourg.
(Biotope Parthénope, Mèze.)
de
Duguet R. & Melki F. (coord.) (en prép.)
-
Agir au niveau
de la perméabilité des infrastructures
Les grandes infrastructures de transport linéaire (routes,
autoroutes, voies ferrées à grande vitesse, canaux, etc.)
constituent souvent des obstacles infranchissables pour les
amphibiens, occasionnant des mortalités telles qu'elles
mettent en péril la survie des populations. Il est donc
fondamental dans une optique de protection et de gestion des
amphibiens de se préoccuper de la perméabilité de ces
infrastructures. Notons également que, lors des migrations
massives d'amphibiens, l'écrasement de nombreux individus présente
un danger réel pour les conducteurs, tant par la perte d'adhérence
que par les réflexes d'évitement susceptibles de provoquer
des accidents. Des ouvrages de transparence* spécifiques aux
amphibiens, comme les barrières-pièges ou les crapauducs,
ont été installés dans de nombreuses régions. Informer le
public et réglementer l'usage de la route permet également
d'obtenir de bons résultats.
I - Information et réglementation
- Informer le public par des panneaux
routiers et des dépliants d'information distribués aux
usagers de la route, en particulier sur des routes à usage
local ;
- réglementer l'usage de la route en fermant des routes
pendant la période de migration, ou à certaines heures
lorsqu'une déviation de la circulation est possible.
II - Les
ralentisseurs de circulation
Des dispositifs de type ralentisseurs
("casse-vitesse") peuvent également être implantés
de façon rapprochée à proximité d'axes migratoires.
Cette méthode ne peut convenir qu'à des routes à faible
trafic.
III -
Dispositifs provisoires : les barrières pièges
L'installation de barrières-pièges
provisoires sur les tronçons routiers les plus meurtriers
pour les individus migrateurs (souvent des Crapauds communs)
est un des aménagements qui permettent de limiter la
mortalité. On installe Dans ce cas, les individus, avant de
traverser la route, sont bloqués par des barrières
amovibles et conduits par des dispositifs adaptés jusqu'à
des seaux (pièges-trappes), où ils restent bloqués. Les
seaux sont relevés quotidiennement, et les amphibiens sont
transportés et relâchés de l'autre côté de la route, en
direction de leur site de reproduction ou de leur site
d'estivage, selon qu'il s'agisse d'une migration prénuptiale
ou postnuptiale. Cette technique présente des avantages
certains comme la rapidité et la facilité de mise en œuvre
. Elle présente également une très bonne efficacité,
puisque les amphibiens, piégés, ne peuvent rebrousser
chemin. Dernier point, également en faveur de ces
dispositifs, ils permettent de compter, jour après jour,
les amphibiens qui tentent de traverser la route dans les
deux sens. Eventuellement associés à des méthodes de
marquage, ils constituent un excellent outil de suivi des
populations (voir p. XXX chapitre méthodes d'échantillonnage
et de suivi, p. XXX monographie du Triton palmé). En
revanche, la gestion des barrière-pièges nécessite une
main d'œuvre quotidienne (et motivée !) en saison de
reproduction et pose un problème de sécurité pour les
personnes chargées de traverser la route avec des seaux
garnis d'amphibiens. Il est clair que ces dispositifs
provisoires présentent un coût plus faible que les
dispositifs permanents à court terme, mais s'avèrent plus
onéreux à long terme (voir encadré col de Steige). De
fait, ils sont souvent initiés et appuyés par des équipes
de bénévoles associatifs. Aux portes de Paris (département
des Hauts-de-Seine) se trouve l'un des passages protégés
les plus importants connus en France, Belgique et Luxembourg
: en 2001, 26 852 Crapauds communs et 1263 Grenouilles
rousses ont été recensés en migration prénuptiale par
les membres de l'association Ursine Nature, en collaboration
avec l'ONF et la SHF.
IV - Les
crapauducs ou batrachoducs
Ils équipent progressivement les
ouvrages routiers et, dans une moindre mesure, des voies
ferrés, depuis les années 1980 en France (carte des
implantations en France). Cette solution technique, si elle
est conçue correctement, toujours après un bilan écologique
détaillé, peut convenir à la fois aux concepteurs et
usagers des routes, et aux populations d'amphibiens concernées.
Notons toutefois qu'au moment de la conception d'un tracé
neuf, il est infiniment préférable d'envisager de faire en
sorte que la route ne vienne pas s'interposer entre les
sites de reproduction et les sites d'estivage/hivernage. La
création de nouveaux sites de reproduction directement
accessibles aux individus migrateurs est une mesure complémentaire
à la création d'un crapauduc. Les aménagements existants
sont principalement adaptés au Crapaud commun, comme leur
nom l'indique.
Schématiquement, l'accès à la chaussée de l'ouvrage est
bloqué par des barrières permanentes ou des canaux en U.
Des passages enterrés ou affleurants à la surface de la
route, appelés crapauducs ou batrachoducs, sont censés être
empruntés par la majorité des individus migrateurs qui se
présentent devant l'ouvrage. Ces passages sont non
seulement empruntés par des amphibiens, mais aussi par
d'autres animaux, comme des micromammifères et des petits
carnivores.
-
Sur le plan
technique, le crapauduc est composé de deux grandes parties :
- Le système de barrières possède une longueur supérieure
ou égale à 200 m de chaque côté de la route, une hauteur
de 40 cm au minimum, et sont formées de matériaux lisses,
opaques, indéformables : planches en bois ou équerres en béton.
La société ACO commercialise des barrières en demi
arc-de-cercle, soutenues par des piquets. Devant l'entrée
d'un tunnel, on peut établir, perpendiculairement aux
collecteurs, un élément en glissière, qui détourne
l'individu migrateur vers l'entrée. Les obstacles le long des
barrières doivent être enlevés. La végétation doit être
maintenue courte des deux côtés des collecteurs. Des barrières
en demi arc-de-cercle rendent éventuellement la fauche plus
difficile (RYSER, 1989)
- Les tunnels sont si possible installés horizontalement et
placés exactement à l'emplacement des passages migratoires
les plus fréquentés (établis par un bilan batrachologique
complet) et espacés de 30 m au maximum.
Deux systèmes sont proposés:
- le tunnel double, composé de deux
voies indépendantes de petit diamètre (30 à 50 cm) avec
des trous de chute, à sens unique, une pour chaque
direction de migration ;
- le tunnel simple, constitué d'une seule voie, la plus
large possible (1 m au minimum), pour les deux sens de
migration.
C'est le dernier type de tunnel qui est généralement
recommandé. Une variante du passage simple, qui permet de réduire
le diamètre du tunnel à 50 cm, consiste à faire affleurer
le tunnel au niveau de la chaussée, en recouvrant
l'ouverture supérieure d'une grille. Elle est construite
par la société ACO.
Le retour d'expérience sur l'intérêt
des crapauducs, construits pour la plupart dans les pays
germanophones, est souvent assez décevant. Le Crapaud
commun est, comme prévu, le principal bénéficiaire de ce
type d'aménagement, ainsi que le groupe des Grenouilles, en
particulier les Grenouilles brunes. Les tunnels doubles,
essentiellement utilisés en Suisse, se révèlent pour la
plupart peu performants, car délicats à entretenir et
parfois mortels pour les amphibiens. Les passages simples
ont des résultats meilleurs, mais variables, qui ne dépendent
pas toujours du soin pris à leur mise en place. Les chances
de traversée d'un tunnel enterré diminue nettement entre
15 m et 45 m de longueur. Des résultats encourageants ont néanmoins
été obtenus dans des passages longs de 42 m sous
l'autoroute A71. Le tunnel affleurant présente en théorie
l'avantage de "gommer" des différences d'odeurs,
de lumière, de température… entre l'intérieur d'un
tunnel et le milieu extérieur. En revanche, son utilisation
est limitée à des tronçons routiers supportant un trafic
assez faible, en raison du bruit et du souffle provoqué par
le passage d'un véhicule.
Une étude de faisabilité d'un crapauduc,
réalisée selon un protocole bien défini, est essentielle.
Un dispositif provisoire de capture de type barrières-pièges
permet de déterminer des niveaux de densités de passage
des migrateurs en des points privilégiés près de la
route. Il est également important de connaître l'angle que
fait l'axe migratoire avec la route : plus il est droit,
plus le risque augmente que les migrateurs rebroussent
chemin devant l'obstacle. Le nombre d'individus piégés
dans chaque fosse de capture permet de situer les principaux
points de passage. De plus, un bilan écologique de la zone
d'habitats occupée par les amphibiens à protéger est
indispensable : qualité et stabilité des habitats,
compatibilité des usages (forestiers, de loisirs,
agricoles, industriels…) avec les habitats des amphibiens.
Notons qu'en théorie une population de
Crapaud commun ou de Grenouille rousse peut " supporter
" une mortalité routière annuelle atteignant
respectivement jusqu'à 20% et 40% des adultes.
Une évaluation du coût d'investissement
et d'entretien d'un crapauduc sur la route RD424 au col de
Steige (département du Bas-Rhin) (linéaire : 350 m de
long, largeur de la route : 10 m, nombre de tunnels : 3),
montre qu'en 20 ans de fonctionnement un crapauduc enterré
ou affleurant revient au même prix (entre 1,5 MF et 2 MF)
que des barrières provisoires (voir encadré). Outre les
crapauducs, les passages peuvent être de grands tunnels
existants aménagés spécifiquement pour permettre le déplacement
des amphibiens.
Une estimation des coûts
d'investissement et d'entretien à long terme d'un aménagement
routier de protection des amphibiens adapté à un tronçon
de 350 m sur la RD 424 (Bas-Rhin), montre que :
- un crapauduc est plus rentable
que des filets provisoires classiques, si l'on compte
le coût d'intervention de personnel chargé du
ramassage des amphibiens payé sur la base du SMIC
horaire ;
- des filets temporaires rapides à mettre en place
et à démonter sont pourtant meilleur marché qu'un
crapauduc. Nous proposons dans ce cas des filets de
type flexible, sur le modèle de ceux commercialisés
par Zieger (Allemagne).
- un crapauduc en passage affleurant, conçu par la
ACO Polymer, est meilleur marché, qu'un crapauduc en
passage enterré. Notons que ce dernier système est
mieux adapté aux amphibiens sur des routes à trafic
modéré à fort (KARCH, com. personnelle).
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